Docteur, je m’inquiète, mon frottis du col est encore anormal

Expliquez-moi de quoi il s’agit ?

Comment allez-vous me traiter maintenant et plus tard ?

Allez-vous m’opérer comme ma meilleure amie ?

La vaccination HPV a-t-elle une place pour moi ?

Prof. JB Dubuisson, Dr. S Jovanovic vous répondent…

Madame, les anomalies du frottis du col de l’utérus sont un motif très fréquent de consultations souvent répétées, souvent associées effectivement à beaucoup d’anxiété et parfois même d’angoisse.

Nous allons essayer de répondre à ces questions.

De nombreux problèmes sont posés en quelques lignes et méritent des explications claires et non passionnées.

La vaccination HPV est le premier point à aborder, même si un grand nombre de patientes qui nous consultent n’en ont pas bénéficié.

Il existe au moins 150 types de papillomavirus (HPV). On distingue les papillomasvirus HPV à haut risque qui peuvent être sources de cancer (types 16 et 18 par exemple), touchant surtout le col et les HPV à bas risque (types 6 et 11 par exemple) plutôt responsables des végétations ou verrues de la région génitale.

La vaccination HPV a commencé à être prescrite en Suisse en 2008 pour prévenir l’apparition d’anomalies du col utérin ou dysplasies consécutives aux HPV. Un nouveau vaccin nonavalent antiHPV est disponible en Suisse depuis le 1.1.2019. Il est démontré à ce jour que la vaccination a réduit l’apparition des dysplasies du col et des verrues génitales. Il est important désormais de vacciner les jeunes filles et également les garçons et les jeunes hommes. En effet, étant une MST, elle n’épargne pas les hommes qui ont un risque de lésions précancéreuses et de carcinome moins élevé que les femmes mais qui représente toutefois un tiers des cas. Dans le Canton de Genève, la vaccination pour les jeunes filles de 11 à 26 ans est prise en charge hors franchise par l’assurance obligatoire des soins dans le cadre du programme cantonal. Les garçons et jeunes hommes de 11 à 26 ans bénéficient des mêmes soins et avantages. L’OFSP recommande de vacciner les jeunes filles le plus tôt possible dès l’âge de 11–14 ans, c’est-à-dire avant les premiers rapports sexuels, donc avant les premières contaminations. Gardasil 9® est le vaccin prescrit et remboursé. Il contient 7 types HPV dont le 16, 18 et aussi d’autres oncogènes tels 31, 33, 45, 52, 58. C’est-à-dire les principaux oncogènes responsables du cancer du col, mais pas tous. Le vaccin comporte 2 doses à faire à 6 mois d’intervalle avant le 15 éme anniversaire. Après cet âge ou en cas de déficit immunitaire, 3 doses sont faites. Les effets secondaires dûs au vaccin sont très rares. La protection est plus forte et plus longue que l’immunisation naturelle, près de 20 ans voire plus. La vaccination semble réduire le risque de récidive en cas de dysplasie préexistante. La vaccination n’empèche pas de se faire suivre le col par frottis. En effet, un quart des cancers du col ne sont pas en relation avec les types HPV contenus dans le vaccin.

Des structures comme « Santé jeunes » aux HUG assurent remarquablement la prise en charge de la vaccination.

Pourquoi s’inquiéter des infections HPV sexuellement transmissibles ?

Les infections dûes aux HPV peuvent en effet provoquer des lésions précancéreuses (dysplasies) au niveau du col de l’utérus, de la vulve, du vagin, et aussi, plus rarement de l’anus, du pénis et de la gorge, et par voie de conséquence et avec le temps des cancers. En Suisse, près de 250 cas de cancer du col sont diagnostiqués, chaque année. Aucun traitement antiviral existe contre les HPV. Le problème est comment faire baisser le nombre de cas ? Ces chiffres devront baisser et tendre presque vers zéro si tous les jeunes suisses et suissesses étaient vaccinées. Actuellement environ la moitié des jeunes filles âgées de 16 ans sont correctement vaccinées contre les HPV, grâce aux programmes de vaccination scolaires cantonaux. On peut espérer éradiquer une grande partie des lésions dysplasiques chez les jeunes femmes vaccinées. Ceci est démontré dans les pays qui ont débuté la vaccination avant 2008 (certains pays anglo-saxons). Chez les femmes qui ont eu la vaccination avant leur premier rapport sexuel, le risque se développer une dysplasie devient faible.

Comment peut-on arriver à une lésion précancéreuse du col voire un cancer après une infection HPV ?

Chez la plupart des jeunes filles, une infection par un ou plusieurs HPV de types différents est attrapée dès les premiers rapports sexuels. Heureusement, l’infection HPV est presque toujours passagère et environ 90% des infections HPV se guérissent dans un délai de 2 ans. Chez les autres, le virus persiste et peut entrainer des lésions précancéreuses nommées CIN et, en l’absence de traitement, et dans de rares cas un cancer dans un délai de 10 à 30 ans. Il faut noter que la dysplasie peut survenir plusieurs années après la contamination.

Comment diagnostiquer ces lésions du col de l’utérus dûes à l’HPV ?

Le diagnostic est fait grâce au dépistage par frottis cervico-vaginal ou PAP test qui étudie les cellules cervicales desquamées, balayées et raclées par le batonnet du frottis et qui sont ensuite fixées.On reconnaît ainsi les cellules infectées par le HPV voire les cellules cancéreuses. Depuis plusieurs dizaines d’années, ce dépistage a permis de de traiter tôt et de faire diminuer la mortalité du cancer du col grâce à un diagnostic précoce.  C’est par le frottis qu’on dépiste les lésions CIN (CIN1, CIN2, CIN3). Leur découverte peut engendrer chez la jeune femme une grande inquétude que l’on doit calmer car certaines de ces lésions peuvent régresser spontanément. Le dépistage par le frottis est recommandé à partir de 21 ans.

Que faire quand des lésions de dysplasie sont diagnostiquées au frottis cervical ?

Bien sûr prendre en charge ces jeunes femmes qui s’inquiètent évidemment beaucoup. Une recherche d’HPV oncogènes est recommandée. Souvent pour cette prise en charge, des consultations répétées sont nécessaires, colposcopies, biopsies voire une ou plusieurs interventions chirurgicales. Toutes ces péripéties devraient être évitées par la vaccination.

Les anomalies découvertes au frottis sont très variables dans leur sévérité. Certaines ne nécessitent qu’une surveillance régulière, d’autres des examens du col avec un grossissement optique (colposcopie et biopsies) puis surveillance régulière. En cas de persistance d’anomalies sévères, on pourra être amené à envisager une conisation du col, opération qui consise à couper le morceau de col touché par la dysplasie. En sachant que la conisation est réalisée tout en conservant les possibilités de grossesse.

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