LA TROMPE EST A TOUJOURS BIEN EXPLORER CHEZ LA FEMME INFERTILE…

Gynécologie,
Professeur JB Dubuisson
Institut Champel, Genève

Et si on parlait de Gabriele Falloppio et des trompes…

On ne peut pas parler des trompes sans avoir une pensée pour Gabriele Falloppio (1523-1522), l’un des plus grands anatomistes et chirurgiens du XVIème siècle, qui a été l’un des premiers à décrire la trompe chez la femme, après avoir pratiqué des centaines d’autopsies… mais après Rufus d’Ephèse.

Si la trompe de Fallope m’était contée une nouvelle fois…
On s’inréresse aux trompes de Fallope dans deux circonstances.
D’une part en cas de symptômes gynécologiques anormaux, douleur pelvienne, métrorragies, leucorrhées anormales, début de grossesse atypique, syndrome fébrile et douleur pelvienne.

D’autre part en cas d’infertilité. Ce qui nous intéresse maintenant. La trompe a en effet un rôle majeur pour la fécondation et pour le transport des spermatozoides et de l’œuf.

Le problème de la trompe est qu’elle est très fragile. C’est évident quand on connaît son anatomie. Elle est longue de 12 cm. Elle est fine, 3 mm de diamètre à l’angle de l’utérus ou corne utérine, augmentant progressivement de dedans en dehors et atteignant 7 mm à son extrémité externe. Elle se termine alors par un large entonnoir, le pavillon qui se prolonge par les franges, en continuité avec les plis muqueux endotubaires. Elle est essentiellement constituée de muqueuse pour sa moitié externe (ampoule et pavillon) et d’une musculeuse pour sa moitié interne (portions interstitielle et isthmique).

La moitié externe ou ampoule posséde une muqueuse épaisse, ciliée qui présente de nombreux plis. Elle a un rôle majeur pour la fécondation et le transport de l’œuf. Elle est fragile, facilement touchée par l’infection (salpingite). Elle peut donc s’altérer et présenter des lésions irréversibles, responsables d’infertilité ou de grossesse tubaire.

Savoir l’explorer est donc important. Déjà l’échographie endovaginale va rechercher un hydrosalpinx (trompe bouchée au pavillon avec dilatation de l’ampoule) et des adhérences intrapéritonéales.

En l’absence d’infection (examen clinique, CRP normaux), il est possible d’explorer toute la trompe en injectant un produit de contraste dans le canal tubaire.

L’hystérosalpingographie de contraste (HyCoSy, ou hysterosalpingo-Foam sonography avec Ex Em Foam, hydroxyéthylcellulose, glycerol et eau purifiée) est développée depuis quelques années seulement. Le produit de contraste injecté par un catheter placé en intra-utérin passe dans les trompes et le péritoine et est visible sur l’écran. Elle permet donc de savoir si la trompe est perméable ou occluse. Mais, elle ne donne aucun élément sur la qualité de la trompe et sur le brassage péritonéal.

Finalement l’hystérosalpingographie aux Rx, avec produit de contraste hydrosoluble, est le meilleur examen pour évaluer la trompe: perméabilité tubaire, diamètre du canal, perméabilité à la corne, au pavillon, aspect des plis muqueux, brassage péritonéal.
Ces deux examens sont faciles à faire mais bien les faire et bien les interpréter, c’est plus délicat…

C’est dire l’importance de continuer l’exploration par une laparoscopie en cas de doute sur la perméabilité ou la qualité des trompes. Elle permet de « voir » les deux trompes, de cathétériser le pavillon par une petite sonde, et de contrôler la perméabilité tubaire et péritonéale en injectant du bleu de méthylene à l’aide d’une canule fixée au col. En cas d’anomalie, il sera possible de pratiquer certains gestes chirurgicaux : libération d’adhérences, plastie du pavillon, ouverture et éversion d’hydrosalpinx. La qualité de la muqueuse tubaire est fondamentale pour le pronostic. Si celle-ci est satisfaisante, cette chirurgie offre des grossesses spontanées dans 30 à 50% des cas.
En cas de trompe très pathologique, il peut se discuter son ablation (salpingectomie).

Le chirurgien gynécologue discutera, en fonction des lésions, de l’indication de FIV et parfois de salpingectomie (entretien préopératoire avec la patiente). L’exploration de la trompe garde donc toujours une place en infertilité ou en cas de symptôme gynécologique anormal. Et la chirurgie réparatrice tubaire une grande place aussi !

Gabriel Fallope ne s’est pas contenté de décrire la trompe. Il a été le précurseur des préservatifs en décrivant le « fourreau d’étoffe légère, fait sur mesure, pour protéger des maladies vénériennes ». Il a conduit des essais sur 1.100 hommes utilisant ce type de préservatif, aucun de ces hommes de Naples n’ayant été infecté par la syphilis connue à l’époque comme « carie française ».

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